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Carnet V, 1910-1911 - Page 40

35 qu'elle s'était mise hâtivement à entreprendre, comme elle m'a entrepris moi-même, - car elle passa, parait-il, ses journées embusquée derrière la porte de la sacristie, laquelle est percée d'un petit judas permettant de surveiller toutes les entrées, - sou à sou, donc, sœur...

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36 soumis aux pieds de la statue du saint. De nouveau elle alla trouver M. Legoff. - St Brieuc vous récompensera, lui dit-elle, pour tout moyen de persuasion Et le sculpteur se laissa, en effet, persuader. Et la promesse de sœur Marie-Françoise aussi se réalisa. Quelques années plus tard,...

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37 - Gardez-les tout de même. St Brieuc me rendra ça. Elle me fait visiter par la meme la sacristie, la crypte qu'on a eu le tort de marmorifier et qui y a perdu tout son caractère de barbarie et de primitivité. Elle tient aussi à me faire voir la cuve baptismale où St Brieuc plongeait les...

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38 Rennes, ce jeudi soir, 20 octobre 1910 A propos de Paimpont, me rappeler ces vers si typiques de Racan : Et sur l'argent du lac les arbres du rivage Réfléchissent leur ombre et leur luxe sauvage. La dernière expression surtout est vraiment trouvée. Villedieu-les-Poëles, Ce lundi matin,...

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39 photographe, M. Le Bourré, un conseiller municipal quincailler, M. Lecomte, - et diné le soir - idem - avec en plus M. Grout autre conseiller municipal, doux et crépu, qui, dans l'après-midi, m'a fait faire avec M. Lecomte un rapide tour de ville. A table, ces messieurs m'ont conté diverses...

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40 Ce matin, levé à 8 heures, je vais, en attendant M. Eude, faire un tour à l'église. L'autel du bas côté droit est orné des statues de Ste Barbe avec sa tour dans une main gauche, et celle de St Eloi en évêque, ayant à ses pieds une enclume et un marteau. - Sculptures remarquables sur...

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41 Le château de Mesnil-Garnier, (commune à 8 km de Villedieu, route de Mortain-la-Mer), où habitait le général de Bonnemain, beau-père (?) de Mme de Bonnemain, la maîtresse de Boulanger. C'est le maire de Villedieu, M. Tétrel, qui possède aujourd'hui la propriété. La fête de la...

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42 américaines. Il y a même des fêtes de confréries, auxquelles on sert un gâteau spécial, énorme, dont je n'ai pas retenu le nom. Et toujours il y a une messe. Le même M. Lecomte me dit que les vergers normands s'appellent des plants. Le verger ou courtil qui entoure immédiatement la...

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43 ce genre de couverture, en pleine ville. La même condamnation qui a atteint les toits de chaume en Bretagne et aussi appliquée aux essentes. Aujourd'hui, sur les dix heures, je visite avec M. Groult et M. Eude les ateliers de chaudronnerie. Mais d'abord nous entrons chez le Recteur Lemonnier...

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44 n'entendent plus le bruit quotidien autour d'eux, ils gardent l'habitude de crier comme des sourds, et avec une nasalisation chantante propre à cette région, laquelle rend leur parler aussi difficile à comprendre, quand on n'y est pas accoutumé. Rien de plus primitif que l'installation de...

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45 Nous avons visité quatre ou cinq ateliers, tous semblables ou peu s'en faut : celui de M. Havard, après celui de M. Mauviel, puis celui de M. Sellier, appartenant à une des très vieilles familles de Villedieu. Ce qui a amené à Villedieu cette industrie des chaudronniers, c'est,...

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46 à prendre la consistance de l'airain, me conte M. Mauviel. Intéressant, ce Mauviel, avec sa vieille rude figure, me disant : " Ici patrons et ouvriers, nous travaillons en famille. Pas une fois je n'ai eu de grève. Les gens entrés chez moi y restent jusqu'à l'âge où ils ne peuvent...

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47 Ce dimanche 25 décembre Jour de Noël 1910 Je suis à Paimpol depuis hier avec Robert et Reine Anne. Nous avons assisté cette nuit à la messe de minuit dans la vieille église marine d'où les fidèles vont bientôt émigrer vers l'église neuve. L'édifice était comble. Hommes, femmes,...

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53 Les goëlettes d'Islande et de Terre-Neuve peuplent le bassin principal, car on arme maintenant pour Terre-Neuve plutôt que pour l'Islande. Cette dernière pêche traverse une crise grave. Au lieu des cinquante ou soixante goëlettes qui partaient jadis vers les eaux polaires, il n'y en aura...

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54 le vieux Mezou-ber, dont marraine me parlait si souvent et où je n'avais pas encore mis les pieds. Il y a là un vieux coin de Paimpol resté presque intact. On entre dans cette antique venelle par une espèce de couloir percé sous une des maisons de la rue de Ploubazlanec, à gauche. C'est...

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55 de la Foire ". Les gens qui se respectaient ne passaient jamais par la Gardenn ar Pébel. Il s'y faisait un véritable raccrochage : on se couchait dans les champs voisins et tout le long des Chemins verts. Maman me raconte qu'un jour elle se rendit avec son second mari "défunt Perrot"...

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56 M. Le Rudulier me signale un monticule entre Goarec et St Gelven que l'on appelle Bonnet Ru (Bonnet rouge). Le lundi 26 décembre, lendemain de Noël, - venu en automobile avec tonton à Loguivy, par Ploubazlanec, dans une route sinueuse, très verte au printemps, aujourd'hui complètement...

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57 Les bateaux de Loguivy étaient faits sur place, dans le chantier de M. Derrien juste dans la cour de l'hôtel où nous avons déjeuné. On emportait les bateaux sur des chariots jusqu'au port. Le lougre a deux mâts et le cotre n'en a qu'un. Le lougre a une misaine, une gd voile et un foc,...

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58 l'inventaire derrière eux - Quel sale trou ! ... Ile de Sein toi, tu ne me reverras plus toujours, disait Mme [laissé en blanc], en revenant de là-bas. D'ici les femmes allaient à Lannion avec des chars à bancs du pays. Les gosses allaient par les gds bateaux - Il ne restait que les...

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59 depuis que les Loguiviens n'y vont plus - Les gens de Douarnenez ont puisé les fonds de pêche avec les filets de fond, les folles : ils ramenaient avec cela le homard, la langouste, la raie, le turbot, tout, tout - Les bateaux de l'Ile de Sein allaient, selon les vents, vendre leur...

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60 N'étaient onze bateaux, lui seul de Loguivy, un de Penmarc'h et d'autres de Camaret et de Dourarnenez. Ils ont un réservoir à bord, ce sont des bateaux vivier. Le bateau de Le Guen est la Reine des Anges. La saison, là, c'est de juillet à novembre. Ceux qui vont en Espagne, vont en face de...

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61 maisons plus loin, me voici dans la chapelle de St Ivy, que précède une petite courette bordée d'un muret de pierre. A droite, en entrant, tronc circulaire en fer, sur un pied de fer aussi. Petit oratoire marin, blanchi à la chaux, avec deux fenêtres ordinaires, cintrées, à droite et à...

Carnet V, 1910-1911 - Page 67

62 d'emballage et des branchages verts, cyprès et lauriers - 6 chaises d'église sur l'une d'elles le nom de MENOU - Un St Yves récent contre le mur de droite - Contre celui de gauche un très vieux Christ - Le vieux raidillon pierreux, bordé de belles maisons neuves qui monte vers le hameau de...

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63 un entassement aux pointes hérissées - Là-dessus un couchant tragique, un ciel de cuivre pâle, avec de grandes nuées lourdes, qui crèvent en eau - Le phare de la Croix au sortir de Loguivy, celui de Bodie, juste en face, sur l'autre rive, vec son grand pignon blanc où s'ouvre comme une...

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64 Le pont sur lequel on passe le ruisseau du Traou-Du s'appelle Le sac noir, le cône de tempête du Sémaphore, à la Clarté, s'appelait Bonnet Pipi Maon - C'est au cercle, ce soir, que Philippe (Pépé) me donne ces détails. Le soir, après diner, il vient chez tonton m'apporter la chouette...

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65 qui restaient avec des herbes cueillies à même le sol. Les herbes avaient été nécessairement contaminées par des déjections de cholériques. On en expédia au poste de Chu, où Philippe se trouvait avec un détachement de quelques 250 hommes. Le Chu était situé dans les rizières...

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66 transformés en salles d'hôpital. Il y en avait 22 dans chaque baraquement, couchés sur de la paille, avec leur sac sous la tête en guise d'oreiller. Une nuit Philippe alla se coucher laissant deux hommes, deux infirmiers de garde dans un des baraquements, avec mission de le prévenir s'il y...

Carnet V, 1910-1911 - Page 72

67 à une petite distance, au cimetière improvisé. Philippe et les 3 autres soldats creusaient une fosse peu profonde, mais longue assez pour contenir 20 cadavres rangés côte à côte. Par une suprême coquetterie mortuaire, on jonchait le trou d'un peu d'herbe et on jetait également quelques...

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68 mais la porte était fermée. Croyant que l'employé dormait, il enfonça l'huis qui n'était pas très solide. Horreur ! l'employé était allongé à terre, mort. Philippe ne savait pas de télégraphie. A tout hasard, il se mit à faire manœuvrer l'appareil, se disant que, devant...

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69 capitaines étrangers qui viennent à Paimpol, à quelque nationalité qu'ils appartiennent, Danois, Russes ... etc ... conversent en anglais avec le courtier. A Loguivy, l'Hôtel Hello, avec l'adjonction en russe : Dobro Pojalovat : Bonnes choses je vous souhaite - la traduction russe...

Carnet V, 1910-1911 - Page 75

70 de sa femme, le père Daniel, à partir du septième enfant, s'était juré : - Ma foi, tant pis ! Ceux qui nous viendrons dorénavant auront pour le patron le saint du jour dans le calendrier. Or, le jour où naquit l'oncle en question, le calendrier indiquait la fête de St Porphyre...

Carnet V, 1910-1911 - Page 76

71 pour se faire soigner, très ennuyé, d'ailleurs d'être obligé de garder son navire dans ce port, à ne rien faire, jusqu'à ce que le mauvais accès de fièvre qui s'était emparé de lui eût été conjuré. Mais, quand il eût gagné la chambre qui lui était attribuée, il se trouva que le...

Carnet V, 1910-1911 - Page 77

72 débarrassé. En quelques heures, il fut à l'agonie. Le lendemain il était mort. Comme on était en haute mer, très loin de toute côte, - et que, d'autre part, on craignait la contagion - son cadavre fut lancé à la mer, avec le rituel ordinaire. Et le navire continua sa route sous les...

Carnet V, 1910-1911 - Page 78

73 Surprise, émoi. Lui, cependant, demande : - Eh bien, quoi ? C'est ainsi que vous me recevez ? On ne voulait pas croire que ce fût lui : on ne se décida à le reconnaître que lorsqu'il se fût mis dans une de ses formidables colères, lançant de terribles volées de...

Carnet V, 1910-1911 - Page 79

74 Aujourd'hui, Vendredi 24 févier 1911, comme je faisais mon cours à la faculté, mon neveu Edouard Meuron est venu en larmes m'annoncer la mort de sa mère, ma sœur aînée. C'est le dernier membre de ma famille proprement dite qui s'en va : de toute la petite tribu qui prit naissance...

Carnet V, 1910-1911 - Page 80

75 train de marchandises. Et, tout de même la barrière s'ouvre, et nous voici en route dans l'obscurité. Bob et moi, nous nous rencognons l'un contre l'autre. L'homme cause, assis sur le rebord de la voiture. Il me conte tous les kilomètres qu'il a parcourus aujourd'hui. Entretemps, il me...