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Carnet V, 1910-1911 - Page 19

14 les chevaux et garder les vaches. Il couche dans l'étable, tout contre la soue à porcs, et a là son petit lit auquel il a accroché une foule d'images empruntées à des almanachs, à des journaux illustrés, à des réclames. Bon garçon, d'ailleurs, et riant toujours, soit qu'il épluche...

Carnet V, 1910-1911 - Page 20

15 le denier du culte n'est pas suffisant. Il y a trois prêtres qui vont, tous les dimanches, dire la messe dans les villages de Beauvais, Coganne et Les Forges. Les gens de Beauvais passent pour des sauvages. Il y a un instituteur et une institutrice à Beauvais, qui est à 7 km par la route. A...

Carnet V, 1910-1911 - Page 21

16 Une grande immobilité plane encore sur les choses, car la journée va être aussi belle, aussi calme, aussi apaisée que celle d'hier et d'avant-hier. L'eau de l'étang frémit à peine. - A sa surface safranée courent des fumées légères, d'un blanc laiteux ; en face et derrière, les...

Carnet V, 1910-1911 - Page 22

17 droite les hauts murs de l'abbaye, aux pierres à moitié disjointes, qui descendent quasi dans l'eau, comme des remparts, couronnés, drapés de feuillages pendants, et étayés par de lourds contreforts. - Là-bas, dans l'Est, parmi les frondaisons vaporeuses de la forêt, une fumée humaine...

Carnet V, 1910-1911 - Page 23

18 du plus bienfaisant des dieux. Maintenant, le mystère est accompli : le disque merveilleux a commencé son ascension victorieuse. Sa lumière ruisselle doucement, en attendant de tout embrasser. Vers l'Est, le visage, tout à l'heure sourcilleux, de Haute-Forêt s'éclaircit, se colore,...

Carnet V, 1910-1911 - Page 24

19 de la lumière, sur la droite, tandis que les halliers de gauche l'attendent encore, dans une ombre atténuée, hormis les individualités plus hautes, dont les cimes éparses sont touchées et se dorent royalement, semblables à des couronnes. Il est à ce moment près de sept heures. Le soleil...

Carnet V, 1910-1911 - Page 25

20 des abbés de Paimpont. Transept de gauche (avec toujours les admirables boiseries à panneaux sculptés) : à gauche, statue de "St Jiquel" (lettres gothiques), figure barbare, barbe frisée, presque sans moustaches, couronne d'or en tête, dans sa gauche un livre à fermoir d'or, dans sa...

Carnet V, 1910-1911 - Page 26

21 Nous avons repris la route de St Malon pour venir à L'Abbaye, sur la gauche, au delà d'un immense espace désert, roux de fougères. Reste d'une admirable vieille avenue de châtaigniers ; grand placitre ; carrefour. Plus bas est le Bois des Nonnes, que les Levesque ont acheté...

Carnet V, 1910-1911 - Page 27

22 qui a une physionomie tout à fait à part. Son eau est limpide et non point jaunâtre comme celle de Paimpont, glauque comme celle du Minerai. Il dort là dans une solitude quasi inviolée, entouré de ces hautes graminées blondes dont nous avons vu des champs entiers au Gué des Perches, et...

Carnet V, 1910-1911 - Page 28

23 femmes et leurs enfants, ainsi que les compagnons. Dans la nuit, il sont obligés de se lever sans cesse lorsque la merde de charbon est en feu. Le charbon ne se fait qu'avec des rondins de chêne. - Les principales industries du bois : les bûcherons, les charbonniers, les écorceurs, les...

Carnet V, 1910-1911 - Page 29

24 de six milliers de tabac de fraude de fabrique d'Angleterre. Les fraudeurs, au nombre de plus de 20, avertis de l'arrivée du batteau chargé le firent transporter dans la Forêt de La Hunaudaye, distante de deux à trois lieues de la côte. Les employés de la ferme du tabac en ayant eu avis...

Carnet V, 1910-1911 - Page 30

25 commencé et poursuivi par le presidt des Traites de St Brieuc jusqu'à l'arrêt du Conseil du 27 7bre 1724 qui condamna par contumace les 4 gentilshommes à être pendus et dégradés de noblesse, ainsi que leur postérité ... " Les enfants furent réhabilités par le Roy. Saint-Brieuc, ce...

Carnet V, 1910-1911 - Page 31

26 la fontaine, accolé au pied de la chapelle, avec trois porches gothiques : accès interdit par une grille solide. Lavoir de l'autre côté de la route en contre-bas : caquet des lavandières, crissement des brosses. Escalier, vieille maison à l'air abandonné (celle du chapelain...

Carnet V, 1910-1911 - Page 32

27 attachée au service de Julie Bagot la fille d'un ancien maire de St Brieuc zélatrice de la chapelle et du culte de saint qu'elle fit ressurgir dans leurs ruines. Du service de Julie Bagot, elle passa, après la mort de celle-ci (qui est enterrée ds la chapelle, à droite de l'escalier,...

Carnet V, 1910-1911 - Page 33

28 un paralytique - il continue à guérir ceux qui tombent du haut mal, me dit la sœur. Et, dernièrement encore une fille des villages, ayant prié St Brieuc, le vit tout vêtu d'or, - et à partir de ce moment, elle n'eut plus d'attaques. A propos de cette apparition de St Brieuc à...

Carnet V, 1910-1911 - Page 34

29 St Cieux, patron de Lancieux. - Une nuit que St Cieux dormait il eut une vision où il voyait St Brieuc monter au ciel par un escalier d'or. Le lendemain il écrivit à St Brieuc pour lui faire part de cette vision. On lui répondit du monastère que St Brieuc était mort cette nuit même, à...

Carnet V, 1910-1911 - Page 35

30 font dire ici des prières ou même des messes spéciales. Et comme j'observe que la session du baccalauréat a dû en provoquer, la sœur me répond : -on a précisément dit une messe de ce genre, ce matin même, et ma foi, j'ai eu une prière aussi pour le jeune homme qui la faisait...

Carnet V, 1910-1911 - Page 36

31 son cadavre, il avait au cou la marque rouge d'une corde. Sœur Marie-Françoise aurait souhaité de plus aussi une N. D. de Lourdes dans la chapelle. Or comme pour exaucer son vœu - car les vœux de sœur Marie-Françoise sont toujours exaucés - quelques jours après, elle trouva à la porte...

Carnet V, 1910-1911 - Page 37

32 de Saint-Brieuc mais l'édifice était bien délabré et sœur Marie-Françoise qui en avait déjà la garde, déplorait de la voir en cet état. Elle ne savait où préparer la messe. - Dans le chœur, derrière l'autel, lui disait la Mère supérieure, mais derrière l'autel, il pleuvait...

Carnet V, 1910-1911 - Page 38

33 Marie-Françoise, et lui dit, en souriant : - Voilà que vous parlez tout haut à Saint Brieuc, ds la chapelle. Prenez garde qu'on vous entende encore : on finirait par vous prendre pour une innocente. A quelque temps de là, l’évêque Fallières, qui songeait à faire restaurer...

Carnet V, 1910-1911 - Page 39

34 n'avait pas le moyen de les payer tous. - Je donnerai 1500 F pour le vitrail du chœur, dit-il. Peut-être cela incitera t-il d'autres âmes à fournir les autres. Il les y inviterai par une lettre dans la Semaine religieuse. Mais la Semaine religieuse n'avait qu'une clientèle restreinte de...

Carnet V, 1910-1911 - Page 40

35 qu'elle s'était mise hâtivement à entreprendre, comme elle m'a entrepris moi-même, - car elle passa, parait-il, ses journées embusquée derrière la porte de la sacristie, laquelle est percée d'un petit judas permettant de surveiller toutes les entrées, - sou à sou, donc, sœur...

Carnet V, 1910-1911 - Page 41

36 soumis aux pieds de la statue du saint. De nouveau elle alla trouver M. Legoff. - St Brieuc vous récompensera, lui dit-elle, pour tout moyen de persuasion Et le sculpteur se laissa, en effet, persuader. Et la promesse de sœur Marie-Françoise aussi se réalisa. Quelques années plus tard,...

Carnet V, 1910-1911 - Page 42

37 - Gardez-les tout de même. St Brieuc me rendra ça. Elle me fait visiter par la meme la sacristie, la crypte qu'on a eu le tort de marmorifier et qui y a perdu tout son caractère de barbarie et de primitivité. Elle tient aussi à me faire voir la cuve baptismale où St Brieuc plongeait les...

Carnet V, 1910-1911 - Page 43

38 Rennes, ce jeudi soir, 20 octobre 1910 A propos de Paimpont, me rappeler ces vers si typiques de Racan : Et sur l'argent du lac les arbres du rivage Réfléchissent leur ombre et leur luxe sauvage. La dernière expression surtout est vraiment trouvée. Villedieu-les-Poëles, Ce lundi matin,...

Carnet V, 1910-1911 - Page 44

39 photographe, M. Le Bourré, un conseiller municipal quincailler, M. Lecomte, - et diné le soir - idem - avec en plus M. Grout autre conseiller municipal, doux et crépu, qui, dans l'après-midi, m'a fait faire avec M. Lecomte un rapide tour de ville. A table, ces messieurs m'ont conté diverses...

Carnet V, 1910-1911 - Page 45

40 Ce matin, levé à 8 heures, je vais, en attendant M. Eude, faire un tour à l'église. L'autel du bas côté droit est orné des statues de Ste Barbe avec sa tour dans une main gauche, et celle de St Eloi en évêque, ayant à ses pieds une enclume et un marteau. - Sculptures remarquables sur...

Carnet V, 1910-1911 - Page 46

41 Le château de Mesnil-Garnier, (commune à 8 km de Villedieu, route de Mortain-la-Mer), où habitait le général de Bonnemain, beau-père (?) de Mme de Bonnemain, la maîtresse de Boulanger. C'est le maire de Villedieu, M. Tétrel, qui possède aujourd'hui la propriété. La fête de la...

Carnet V, 1910-1911 - Page 47

42 américaines. Il y a même des fêtes de confréries, auxquelles on sert un gâteau spécial, énorme, dont je n'ai pas retenu le nom. Et toujours il y a une messe. Le même M. Lecomte me dit que les vergers normands s'appellent des plants. Le verger ou courtil qui entoure immédiatement la...

Carnet V, 1910-1911 - Page 48

43 ce genre de couverture, en pleine ville. La même condamnation qui a atteint les toits de chaume en Bretagne et aussi appliquée aux essentes. Aujourd'hui, sur les dix heures, je visite avec M. Groult et M. Eude les ateliers de chaudronnerie. Mais d'abord nous entrons chez le Recteur Lemonnier...

Carnet V, 1910-1911 - Page 49

44 n'entendent plus le bruit quotidien autour d'eux, ils gardent l'habitude de crier comme des sourds, et avec une nasalisation chantante propre à cette région, laquelle rend leur parler aussi difficile à comprendre, quand on n'y est pas accoutumé. Rien de plus primitif que l'installation de...

Carnet V, 1910-1911 - Page 50

45 Nous avons visité quatre ou cinq ateliers, tous semblables ou peu s'en faut : celui de M. Havard, après celui de M. Mauviel, puis celui de M. Sellier, appartenant à une des très vieilles familles de Villedieu. Ce qui a amené à Villedieu cette industrie des chaudronniers, c'est,...

Carnet V, 1910-1911 - Page 51

46 à prendre la consistance de l'airain, me conte M. Mauviel. Intéressant, ce Mauviel, avec sa vieille rude figure, me disant : " Ici patrons et ouvriers, nous travaillons en famille. Pas une fois je n'ai eu de grève. Les gens entrés chez moi y restent jusqu'à l'âge où ils ne peuvent...

Carnet V, 1910-1911 - Page 52

47 Ce dimanche 25 décembre Jour de Noël 1910 Je suis à Paimpol depuis hier avec Robert et Reine Anne. Nous avons assisté cette nuit à la messe de minuit dans la vieille église marine d'où les fidèles vont bientôt émigrer vers l'église neuve. L'édifice était comble. Hommes, femmes,...

Carnet V, 1910-1911 - Page 58

53 Les goëlettes d'Islande et de Terre-Neuve peuplent le bassin principal, car on arme maintenant pour Terre-Neuve plutôt que pour l'Islande. Cette dernière pêche traverse une crise grave. Au lieu des cinquante ou soixante goëlettes qui partaient jadis vers les eaux polaires, il n'y en aura...

Carnet V, 1910-1911 - Page 59

54 le vieux Mezou-ber, dont marraine me parlait si souvent et où je n'avais pas encore mis les pieds. Il y a là un vieux coin de Paimpol resté presque intact. On entre dans cette antique venelle par une espèce de couloir percé sous une des maisons de la rue de Ploubazlanec, à gauche. C'est...